Jean-Luc Collignon

Jean-Luc Collignon

Saulces-Champenoises : une église lourde de symboles

 

 

Tapie au fond de son vallon, plantée à la croisée des voies du Moineau (Moigneau) et de l'Abbaye (Abayer), elle veille sur les âmes saulceronnaises depuis des siècles.

L'église des saints Crépin et Crépinien de Saulces-Champenoises vit le jour vers l'an 1140 (1) lorsque des bâtisseurs romans décidèrent d'édifier un sanctuaire chargé de symboles dans ce coin retiré de la Champagne crayeuse.

Comme pour le temple de Salomon, suivant ainsi l'ancienne tradition juive, ils bâtirent l'église sur une hauteur. Mais à Saulces, le cœur du village est plutôt au creux d'une dépression qui draine les eaux d'un faisceau de rus des monts tout proches. Qu'on en juge : le ruisseau du Nuivant arrive du nord-est, depuis la direction de Vaux-Champagne, alimenté par les eaux des noues Collignon et Mai ; à l'opposé, le ruisseau de Fay coule depuis les hauteurs du Roulou et de Suzon à proximité du chemin venant de Reims; plus au nord et dans une direction parallèle, un autre ruisselet surgit du fond de Nortillon et du bois d'Edmoury, il file droit vers l'église et part rejoindre avec les autres, ce qui, plus loin, devient le ruisseau de Saulces-Champenoises. La source de ce dernier est à chercher ailleurs, quelque part du côté de Bernois, aux pieds du mont Parfondval, là, où la côte raide de pente se creuse et reçoit les eaux des noues du Cuir et de Simonet.

Pareil réseau hydrographique ne pouvait qu'inciter les bâtisseurs à planter l'église sur un tertre artificiel qui allait avoir une double finalité :

- assurer une assise consolidée aux fondations pour les préserver d'une humidité néfaste

- permettre aux habitants d'avoir vue sur leur église depuis tous les points du village

Réaliser l'élévation de l'édifice prenait aussi un double sens : celui de monter pierre après pierre une haute tour, à l'image du Christ qui gravit la mont du Golgotha pour prendre le départ de son ascension spirituelle.

Ici bas, la montée vers l'autel s'effectue en plusieurs étapes : d'abord gravir une volée de marches pour rejoindre le portail d'entrée (l'emmarchement est désormais doublé dans la plupart des églises, d'une rampe inclinée pour les personnes à mobilité réduite), puis dépasser la nef et rejoindre le chœur, toujours surélevé par rapport à cette dernière, d'un nombre impair de degrés et enfin parvenir au pied de la table d'autel élevée de sa base par trois, cinq ou sept niveaux de marches, voire davantage dans les cathédrales.

L'église de Saulces respecte cette symbolique; ses bâtisseurs se sont montrés même prévoyants pour l'avenir, car «il est établi que le sol s'exhausse en moyenne d'une trentaine de centimètres par siècle» (2) Il y a fort à parier que l'emplacement choisi était déjà le lieu d'un ancien sanctuaire, car changer d'emplacement était considéré comme une chose grave, complètement réprouvée par la tradition. L'Ancien Testament répète avec insistance que le temple, sous Esdras, fut rebâti au même endroit (Esdras 3; 3) 

 

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 Montée des marches vers le portail méridional (Photo : Archives Départementales des Ardennes)

 

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A Saulces : un degré pour le chœur, trois pour l'autel

Les règles les plus anciennes imposent une "orientation" de l'église. Les constitutions apostoliques datant du IIIe siècle stipulent  «Ædes sit oblonga, ad orientem versa», elles sont confirmées par les écrivains ecclésiastiques : «Ecclésias christianorum orientem amare solitas» Tertullien (150/60 - †220) ou encore par le pape saint Clément 1er († 97) : «Fuit traditum ab Apostolis ædes sacras construi versus orientem, a quibus item precandi ab oriente tradditionem acceptant». L'orient rappelle le berceau de l'humanité, le rachat par la naissance et l'ascension du Christ que la Bible compare au soleil levant «Ecce vir oriens nomen ejus» (Zacharie; 6,12). L'orient, c'est le point où le soleil se lève, sa lumière éclatante est comme la vérité annoncée par l'Evangile. Le chevet de l'église doit donc être tourné vers l'est alors que la nef s'ouvre à l'occident et que les bras du transept s'étendront au nord et au midi. Au Moyen-Âge, pour tracer les fondations sur le sol, on attendait les équinoxes, et non les solstices, pour choisir le point où se levait le soleil. 

L'iconographie est adaptée selon l'orientation de l'église : « Le levant est réservé à tout ce qui est lumière, la Trinité, le Christ naissant ou vivant; le nord, froid et stérile, est affecté aux vices, à l'enfer, aux prophètes, à l'Ancien Testament ; l'occident qui tue, occidit, disait l'abbesse Herrade, convient aux scènes Apocalyptiques, à la résurrection des corps et au jugement dernier ; au midi, où le soleil éclate dans sa splendeur et réchauffe de sa chaleur vivifiante, sont réservés le paradis, les apôtres, les saints de l'Église triomphante, les vertus et les béatitudes.» (3)

Lorsque le plan de l'église est dessiné sur le sol, le prêtre bénit les fondements. Une croix de bois est plantée à l'endroit où s'élèvera l'autel (altare). C'est d'ailleurs ce mot latin qu'on utilisait couramment au Moyen-Âge pour désigner l'église. La pose de la première pierre a certainement donné lieu ici à une bénédiction ; la pierre se présente sous la forme d'un bloc carré dont la face supérieure est gravée d'une inscription commémorant l'événement fondateur. Il est possible également qu'une cavité ait été pratiquée dans le bloc pour y loger une pièce de monnaie de l'époque ou un morceau de parchemin écrit ; la cavité a été rebouchée à l'aide d'un couvercle cimenté. La pierre a été déposée dans les fondations, à l'angle droit de l'abside, du côté de l'évangile (au nord). Cette pierre angulaire est tout un symbole, elle représente le Christ comme le rappelle saint Matthieu dans son évangile (Matth; 21, 42) : «Factus est in caput anguli» lire une autre citation dans Psaumes 117, 22-23. La pierre devait demeurer cachée, elle subsiste peut-être encore aujourd'hui malgré les travaux qui ont modifié l'aile septentrionale de l'abside. Comme cette pierre reste enfouie profondément dans le sol, une seconde est parfois ajoutée à l'intérieur, à la base du pilier de la croisée du transept, qui jouxte la nef au nord. Il semble que ce ne soit pas le cas à Saulces après un examen rapide de l'appareillage des piliers de l'arc triomphal.

Il parait également probable que l'emplacement retenu pour construire l'église, l'ait été en réponse à une résonance des réseaux géomagnétiques terrestres. Ces réseaux sacrés, connus depuis l'Antiquité, sont parfaitement orientés dans le sens nord-sud (le Cardo) et est-ouest (le Decumanus), ils canalisent la circulation de l'énergie de la terre. A la différence du réseau tellurique Hartmann, le réseau dit "sacré" tire toute son énergie du soleil. La construction d'une église sur un site vibratoire perturbé en raison de la proximité d'une confluence de cours d'eau ou la présence de sources proches, permettait de transformer l'énergie négative du lieu en une énergie positive régénératrice pour les hommes.

Les personnes passionnées de géobiologie affirment souvent que sans eau, il n'y a pas d'église. Elles estiment que «les constructeurs d'églises romanes avaient une parfaite connaissance du sous-sol aquifère du site choisi. c'est en particulier à cause de ce site et de sa rencontre des courants d'eau et des réseaux géomagnétiques, qu'ils le choisissaient sans absolument rien laisser au hasard.... L'eau est indispensable car c'est elle qui apporte à l'église l'information tellurique, qui en montant par les points d'évolution des réseaux, met l'église en résonance avec le cosmos. de plus, c'est l'information de l'eau qui va permettre aux pierres de l'édifice de vibrer sur le plan énergétique.» (4)

 

 

Le village et son église ont été rattachés dès 1196 au chapitre cathédral de Reims. L'archevêque Guillaume de Champagne (Willelmus), surnommé Guillaume aux Blanches Mains, avait été l'élève de Bernard de Clairvaux, il est resté célèbre pour ses décisions, notamment celle d'avoir accordé les premières chartes. Le quartier au nord-est du village de Saulces, dénommé "Le Chapitre", tire certainement son origine des liens entretenus avec l'Église de Reims. Par contre il n'y eut jamais d'abbaye sur le territoire de Saulces en dépit d'une rue et d'une ferme qui portent ce nom.(5). Une maladrerie, un moulin à eau, un vivier, un château figurent sur l'ancien plan cadastral de 1815.

De l'époque romane, l'édifice conserve plusieurs éléments d'architecture qui ont fait écrire à Hubert Collin «qu'il s'agit là d'une église remarquable et trop peu connue» (9) Un avis toujours partagé aujourd'hui. En effet la massive tour rectangulaire, avec ses doubles baies géminées tournées vers le soleil levant, se remarque de loin. Bien campée à la croisée du transept, imposante, certes, elle dégage beaucoup d'élégance avec son registre de baies et la couronne de modillons qui le surmonte. Le chevet, lui aussi, ravit l'œil de l'observateur. Il est à cinq pans ; ses fenêtres hautes, malgré de solides contreforts qui les encadrent, restent harmonieuses. Les contreforts, qui d'ordinaire alourdissent le bâtiment, sont ici assez gracieux avec des niveaux disposés en retrait et des queues  qui portent des talus à forte inclinaison.

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La tour possède des chapiteaux avec de simples crosses enroulées, somme toute assez classiques, mais disposées sur deux niveaux. Tout autour du chevet, dans les angles des fenêtres, sont disposées de fines colonnes porteuses de chapiteaux particuliers. Leur corbeille rassemble une brassée de longues feuilles d'acanthe stylisées qui semblent jaillir de l'astragale, comme un bouquet sort du col du vase.

Avant de pénétrer dans l'édifice, le portail méridional construit à la fin du XVe siècle (ou début XVIe s.) dans un style gothique flamboyant, mérite attention, bien qu'il soit endommagé. Des guirlandes d'entrelacs et de végétaux sculptés se devinent plus qu'elles ne se voient. L'encadrement rectangulaire du portail ainsi que le bandeau au-dessus   de l'arc brisé, évoquent déjà le style de la première Renaissance. Jadis une statue de bois représentant le Christ bénissant garnissait le haut du portail.

Le portail qui regarde le soleil couchant possède une archivolte d'inspiration romane avec un gros tore qui s'appuie sur deux chapiteaux aux volutes enroulées, mais cet ensemble est le fruit d'une restauration réalisée en 1892, puis reprise au XXe siècle.

Les contreforts méridionaux conservent deux inscriptions anciennes gravées en lettres gothiques dans la pierre. Elles ont été étudiées par le Docteur Vincent (6) qui les a transcrites avec un commentaire explicatif : «la première, à l'angle du sanctuaire, fait face au sud-ouest ; la seconde, à la nef, près du petit portail, fait face au couchant ; elle est dans l'enclos de la concession Pinsard (à l'époque le cimetière entourait encore l'église).

Le pilier n°1, est 9 (neuf), mais il n'est ni carré, ni brun. Ces épithètes ne sont cependant pas de simples chevilles poétiques pour amener la rime : elles signifiaient autrefois robuste, solide.

“QUARRÉ, robuste, capable de supporter un propos leste et énergique ; cette acception figurée du mot est intéressante à noter

BRUN.- Le P. De Marne, parlant des Chemins Brunehault, dit : « Cette reine n'a pu établir, ou réparer tous les chemins désignés sous ce nom : bien plus elle n'a jamais régné sur toutes les contrées où il s'en trouve. » Le mot BRUN, d'après lui, est une racine des anciennes langues du Nord signifiant dur, solide.

Ces inscriptions fournissent le premier spécimen local de l'usage des chiffres arabes : l'un deux, le 9, a même servi à un calembour dans le sixième vers. La date mêle les lettres romaines et les chiffres, car le septième vers : en ce mois d'auril 10. IX . iame, doit se lire en ce mois d'avril 19ième.

Pour l'indication de l'année, le système gothique de numérotation reparait.

Le nom de LEGAY existe encore à Attigny et aux environs de Vouziers...»

N° 1 :

 

Por.aü.pr.az.biefaicts.de.leglise

 

a.tousios.mais.l iean.z.sa.femme

 

marsonette.õt.doñe.plir.guise

 

de.les.bus.z.le.salut.de.le.ame

 

z.la.prime.pierre.~oassis.s9.la.lame

 

de.ce.pilr.q.ê quarre.z.brun

 

en.ce.mois.dauril.io.ix.iame

 

lan.mil.cccc.nnxx.et.uns

 

Pour avoir part aux bienfaits de l’église

 

à toujours mais, Iean et sa femme

 

Marsonnette ont donné par leur guise

 

De leurs biens et le salut de leur ame

 

Et la première pierre assise sous la lame (au-dessous de l’inscription)

 

De ce pilier qui est carré et brun

 

En ce mois d’avril iour 9 janvier ( ?)

 

L’an mil quatre cent quatre vingt et un

 

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N° 2 :

Quand ceste chapelle on refit

com vous veez ci presetement

la premierre pierre y assit

iehan legay pour comencement

z sa feme devotemet

mil _.cccc.nnxx dix

donas de leurs bies largemet

dieu leur doint  ______ paradis. amen.

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Entre doint et paradis, un mot est effacé : meilleur ??

 

 

 

 La date de 1481 mentionnée dans l'inscription N°1 correspond à la restauration de la nef intérieure et l'installation des grosses piles cylindriques sur son flanc sud.

 

Au chevet à l’extérieur :

ICI REPOSE

GILLES AUGUSTIN BENARD

NE LE 17 MAI 1757

PRETRE AUXILIAIRE

DURANT LES MAUVAIS JOURS

NOMME CURE DE SAULCES-CHAMPENOISES

EN 1809

CHANOINE HONORAIRE

EN 1822

MORT REGRETTE DE TOUS SES PAROISSIENS

LE 19 JUIN 1847

APRES 50 ANS DE MINISTERE EDIFIANT

REQUIESCAT IN PACE

 

ERIGE PAR LES SOINS DE MGR LANGENIEUX

 Depuis l'entrée, la nef donne le spectacle des temples antiques, car, comme eux, elle adopte le plan basilical, si souvent choisi pour les édifices romans ; il est simple et majestueux à la fois.

La nef et ses bas-côtés sont plafonnés. Réservés aux fidèles qui en avaient le devoir d'entretien, voire parfois l'obligation de les construire à leurs frais, ces espaces ne bénéficiaient pas d'une architecture aussi soignée que celle du chœur abritant les parties sacrées. Ici, il semble que ce soit le chapitre cathédral qui ait financé la totalité du bâtiment.

Les grandes arcades des cinq travées de la nef sont en arc brisé. Les arêtes de leurs murs sont vives, c'est-à-dire à angle droit, sans bords arasés ou arrondis. Il en va de même pour les piliers nord ; de section carrée, ils n'ont pas de chapiteau mais sont simplement couronnés d'une imposte moulurée en cavet. Comme indiqué ci-dessus, au sud, trois piles cylindriques installées à la fin du XVe siècle, arborent de gros bourrelets en guise de couronne.

La nef de Saulces est souvent rapprochée de celle de Baâlons pour ses similitudes dans la disposition des piliers carrés et cylindriques, mais l'analogie s'arrête là.

Les fenêtres hautes sont ouvertes en plein cintre, légèrement ébrasées à l'exception de leur base taillée en sifflet.

Jusqu'à mi hauteur, l'appareillage des murs, en moellons de pierre ocre et de craie blanche, donne une bichromie chaleureuse à cet espace qui invite au recueillement.

Le passage de la nef au chœur s'effectue par le franchissement d'un arc triomphal en tiers-point. Les trois tores de sa face ouest retombent sur de beaux chapiteaux tapissés de feuilles d'acanthe. Il s'agit ici d'une représentation stylisée de l'acanthe molle (acanthus mollis) plébiscitée par les sculpteurs romans, mais qui avait déjà la faveur des Romains. Elle diffère de sa cousine, l'acanthe sauvage qui possède des feuilles raides et épineuses et qui était fort prisée des Grecs. Sur les corbeilles des chapiteaux de Saulces, les feuilles sont souples et grasses avec des dents légèrement arrondies;  le relief est accentuée au niveau des nervures et leur sommet s'incline ou s'enroule avec grâce.

Un autre modèle de flore s'observe sur les piliers dominant les boiseries du chœur. L'acanthe s'étire sur toute la hauteur de la corbeille qu'elle envahit, elle prend des allures de palmettes par sa longue nervure médiane épaisse qui se termine par deux petites volutes en vrilles. (voir le chapiteau situé au-dessus de la statue de saint Éloi).

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Dans le transept, à la retombée d'un arc de la chapelle nord, un cul de lampe s'orne d'un curieux personnage à la cagoule gambisonnée. Il retient des deux mains ses jambes repliées, dans une position accroupie peu confortable. Un autre personnage lui fait pendant ; ses doigts croisés expriment une attitude de prière. Deux masses globuleuses entourent le visage au niveau de ses oreilles; le badigeon blanchâtre qui les recouvre rend leur lecture malaisée. S'agit-il de la chevelure d'une femme? Le torse proéminent serait-il sa poitrine?...

Une clé de voûte voisine semble représenter les saints patrons Crépin et Crépinien dans leur activité de savetier-cordonnier.

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Cette scène révèle des similitudes avec celle figurant sur une miséricorde des stalles du chœur de la collégiale Saint-Evroult de Mortain (Manche). Les boiseries sont datées de la fin XVe début XVIe siècle, elles représentent saint Crépin et saint Crépinien.

 

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Miséricorde d'une stalle de la collégiale Saint-Evroult de Mortain (photo web : https://www.flickr.com/photos/biron-philippe/6261313102/in/set-72157627800258837)

Il est curieux de noter sur ce site la présence d'une photo d'une autre miséricorde représentant un personnage accroupi tenant dans ses mains  ses genoux relevés, il est dans une attitude assez proche de celle observée sur le cul de lampe ci-dessus.

 

Le Mobilier

L'église est chargée de symboles : elle possède trois nefs, trois portes ouvrent l'accès à ses trois autels ; le maitre-autel est atteint après avoir gravi trois niveaux. La Trinité est ici omniprésente.

L'autel majeur en marbre noir est placé sous l'invocation des saints Crépin et Crépinien fêtés le 25 octobre.

Deux statues blanches (mutilées!), rappellent, avec leurs attributs, que les deux saints sont patrons des cordonniers et des métiers en relation avec le travail du cuir. Les deux frères originaires de Rome partent évangéliser les Gaules. Ils se fixent à Soissons pour y exercer le métier de cordonnier : "une occupation tranquille et sédentaire", pendant quarante ans, qui leur permit de propager la foi chrétienne jusqu'au moment où Dioclétien (en 284) est proclamé empereur et octroie le titre de César  à Maximien Hercule. Après avoir réprimé la sédition des Bagaudes, ce dernier parcourt la terre gauloise et passe par Soissons. Il apprend le succès que suscitent dans la région, les prédications des deux frères Crépin et Crépinien. Il les invite à renier leur foi, devant leur refus, il les remet au préfet Rictiovarus chargé des basses besognes. Celui-ci leur fait subir des supplices multiples. Ils sont exécutés le 25 octobre 285 ou 286 à Soissons. Plus tard une abbaye portant leur nom est érigée sur le lieu de leur martyre. Leur vie est contée par les Bollandistes (cf. le lien :7)

Le chœur est doté de stalles. Miséricordes, jouées et accoudoirs sont sans motif. Les panneaux du lambris sont décorés de sculptures fines rappelant des draperies plissées. A l'époque gothique le dorsal des stalles portait souvent un motif imitant les parchemins plissés. Un décor similaire s'observe sur les vantaux du portail occidental de l'église voisine de Sainte-Vaubourg.

 

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La table d'autel, - celle utilisée avant l'entrée en vigueur de Vatican II - repose sur une assise en marbre jaspé. Au devant, l'antependium se divise en trois niches cantonnées de colonnettes dont les chapiteaux reproduisent la feuille d'acanthe. Le niveau de la table d'autel et les deux du gradin témoignent une nouvelle fois de la volonté des bâtisseurs de multiplier la référence à la Sainte Trinité. Le tabernacle, coiffé d'un fronton triangulaire (équilatéral!) possède un tympan ajouré surmonté d'une arcade trilobée. Le dais qui l'abrite continue cette trilogie en présentant trois lobes sur sa façade. Tout le décor néo-gothique affiché sur les boiseries apparait selon ce schéma trinitaire.

Le tabernacle fait corps avec le gradin, comme il est le plus important des accessoires de l'autel, il doit toujours dépasser en hauteur ce qui l'entoure. Si on se réfère au Décret de la Congrégation des Rites du 8 avril 1821, «il est interdit de placer sur le tabernacle autre chose qu'un crucifix : on en écartera donc les images des saints, statues, et même les reliques pour lesquelles le tabernacle servirait de base.» Cette prescription concerne les autels érigés antérieurement au concile œcuménique Vatican II (1962 - 1965).

Au transept nord, l'autel secondaire est consacré à Sainte-Anne. Son retable en bois comporte une niche abritant la statue de sainte Anne éduquant la Vierge. La mère apprend à lire le rouleau des Écritures à sa fille. Le dais qui les ombrage présente en façade trois arcades trilobées. De même que pour les fenêtres aveugles du retable, l'arc de la porte du tabernacle est constitué d'un trilobe. La structure sommitale du dais empile trois niveaux offrant chacun une lecture de trois registres en façade.

Au sud l'autel est dédié à la Vierge, Elle porte l'Enfant Jésus sur son bras gauche, sa statue qui n'est pas très ancienne (XIXe siècle), mais déjà fort mutilée, occupe la niche du retable en bois. Mise à part l'arcade du dais, ici se décline un système décoratif en mode binaire associé à l'arc plein cintre néo-roman : double arcade, occuli quadrilobés, doubles pinacles, duo de colonnes pour le tabernacle etc...

 

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L'autel septentrional dédié à Sainte-Anne

 

La chaire à prêcher adossée au pilier de la nef, côté Évangile, est décorée avec soin. Sur sa cuve hexagonale, les quatre panneaux moulurés présentent les évangélistes identifiés par leur attribut respectif sculpté sur un disque qu'ils portent sur la poitrine. Leur présence résulte d'une logique liturgique simple, puisque c'est depuis la chaire que se pratiquait   l'explication et le développement de la parole de Dieu annoncée dans l'Evangile. L'emplacement de la chaire dans une église répondait aussi à une autre logique pratique : le positionnement au côté nord de la nef était favorable aux gestes de l'orateur, dont la main droite se tournait vers la plus grande partie de l'auditoire. La chaire devait se positionner le plus près possible du chœur afin que l'orateur soit vu et entendu du plus grand nombre de fidèles. Relié à la cuve par le dosseret, l'abat-voix prenait toute son importance à une époque où la sonorisation des lieux était inexistante. Cette sorte de couvercle dont le plan épouse celui de la cuve, fixé à une certaine hauteur, jouait avec le dosseret, le rôle d'une caisse de résonance, renvoyant vers le bas et donc vers l'assistance, la voix du prédicateur.

L'abat-voix est aussi le siège d'une symbolique aujourd'hui oubliée que la chaire-à-prêcher soit supprimée ou non utilisée.

L'intrados est décoré le plus souvent d'une colombe les ailes ouvertes plongeant son regard vers la cuve. Symbole du Saint-Esprit, elle veillait et inspirait le prédicateur dans ses sermons. L'abat-voix de la chaire de Saulces n'en possède pas. 

L'extrados est souvent un dôme plus ou moins régulier surmonté d'une croix comme à Saulces. Ici elle est élevée par six consoles à enroulement inversé dont les faces portent un motif sculpté de feuilles d'acanthe stylisée qui se terminent par un beau fleuron logé dans les enroulements.

Ailleurs la croix peut être remplacée par un ange sonnant de la trompette, rappelant la renommée païenne qui dispersait les nouvelles dans le monde. L'ange porte, lui, la Bonne Nouvelle : celle de l'Évangile! Les chaires à prêcher se sont répandues dans les églises à partir du XIIIe siècle avec l'apparition des ordres prédicateurs de saint François et de saint Dominique ; d'abord mobiles, elles ont été fixées au mur ou à un pilier de la nef vers le XIVe siècle.

A Saulces-Champenoises, il faut observer le décor végétal sculpté autour des cartouches montrant les évangélistes. Tout d'abord le bandeau supérieur de la cuve développe un motif dérivé directement de la feuille d'acanthe appelé : "palmette d'acanthe" ou "palmette ailée". La feuille traditionnelle est divisée en deux parties depuis sa nervure médiane ; les deux moitiés s'étalent de part et d'autre dans un mouvement symétrique, elles sont seulement reliées entre elles par leur base. Leurs lobes sont denticulés et se déploient à la manière des rémiges primaires d'un oiseau. Cet ornement est emprunté aux sculpteurs mérovingiens qui excellèrent dans l'art de décomposer les sujets floraux offerts par l'acanthe, une plante qui a toujours symbolisé l'immortalité depuis cinq siècles avant Jésus-Christ.

Le motif de la palmette ailée ne se trouve pas répété au pourtour de la cuve sans raison. Il figure l'âme du chrétien qui gagne l'éternité, à condition de suivre scrupuleusement, pendant son passage terrestre, la Parole de l'Evangile professée par le prêtre du haut de la tribune de la chaire. Le message codé n'est pas unique ; avec insistance le menuisier ébéniste, agissant sur instructions, multiplie les signes. En effet de part et d'autre des évangélistes pendent des bouquets tressés de rameaux de chêne et de laurier, alors qu'en-dessous, le bandeau inférieur se charge d'une juxtaposition de feuilles d'acanthe enchevêtrées aux extrémités recourbées. Certains n'y verront qu'un décor artistement ouvragé dans le seul but d'embellir la pièce de menuiserie. Derrière cet ornement se cache pourtant un message que beaucoup aujourd'hui ne savent plus lire.

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La palmette ailée

Au milieu des tresses se remarquent quantité de glands. Le fruit du chêne est communément invoqué comme symbole de fécondité et de prospérité car il représente une force latente en puissance de l'arbre. Il est aussi symbole de la puissance de l'esprit, celui qui se nourrit de glands se nourrit de la Vérité!  Selon Saint Augustin, le chêne de Mambré dans la Genèse (Gen. 18; 1 - 15) «désigne la sublime permanence des vertus (habitus virtutum) à laquelle doivent atteindre ceux qui font le pèlerinage de cette vie... D'un autre côté, le chêne de Thabor désigne particulièrement, suivant Grégoire-le-Grand, les saints forts et fructifiants (Super I Regnum X). Il semble dès lors qu'on ait choisi le gland comme le fruit par excellence. On peut aussi regarder comme probable que cette signification du chêne, symbole de la vertu fructifiante ou pratique, doit sa naissance à la synonymie des mots Quercus et Robur, et à la double valeur possédé par ce dernier : car, il s'entend, d'une part, de l'espèce de chêne la plus dure (ferme, durable, noueux et tortu, dit Pierre Dauet, et produisant des glands plus longs que ceux des autres chênes) ; et d'autre part, transposé du sens propre au sens figuré, il signifie force soit de l'esprit, soit du corps ; d'où vertu..» (8)

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Glands et fruits du laurier

Les glands sculptés par le menuisier appartiennent à l'espèce Quercus robur, celle qui produit les plus gros fruits, c'est-à-dire ceux qui rendent vertueux et qui confèrent une force inégalée à toute âme disposée à écouter la Parole divine par l'enseignement dispensé depuis la chaire.

Quant au laurier, ses vertus et son symbolisme sont connus depuis l'Antiquité. A cette époque, la feuille de laurier n'était pas uniquement un remède médicinal, elle possédait aussi la vertu de purifier des souillures morales (Apollon mâchait le laurier pour se purifier du meurtre de Python etc...) A Rome, le laurier était dédié à Jupiter, il symbolisait la paix obtenue à l'issue d'une victoire (la fameuse couronne de laurier portée sur la tête des empereurs pour célébrer leur triomphe) La baie du laurier (bacca laurea) est à l'origine de notre baccalauréat, diplôme récompensant une victoire sur l'épreuve. Les premiers chrétiens apprécièrent l'aspect toujours verdoyant du laurier, ils en firent un symbole d'éternité.

La présence du laurier rappelle au chrétien qu'il pourra gagner l'immortalité de son âme au Paradis au prix d'efforts terrestres, dans le combat qui l'oppose au démon, c'est-à-dire au Mal, dont il peut sortir victorieux par une conduite vertueuse ici-bas.

 

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La chaire à prêcher joliment sculptée, et porteuse de messages (Photo : Michelle C..K)

 

Les boiseries de la belle balustrade ajourée placée au-dessus de l'entrée de la nef reproduisent des séries de rinceaux disposées en forme de cœur qui tantôt s'opposent, tantôt s'enserrent dans un étourdissant tourbillon où la palmette d'acanthe impose toujours sa présence.

La cage de l'escalier qui conduit à la galerie est conçue à l'image du remplage des fenêtres de l'époque gothique flamboyante, dont elle évoque le souvenir. Les panneaux ajourés de quadrilobes étirés - le soufflet -, sont superposés dans une même rangée verticale, mais en décalage par rapport aux panneaux des rangées voisines. La montée vers l'étage supérieur, imprime à la disposition des panneaux un mouvement sinusoïdal qui s'apparente aux degrés de la tour de Babel (Gén. 11; 1 - 9). La  cage d'escalier par son évocation, constitue une mise en garde pour tous ceux qui voudraient défier la religion chrétienne, à l'image des rescapés du Déluge qui voulaient bâtir une tour dont le sommet toucherait le Ciel pour défier Dieu lui-même. L'avertissement s'adresse d'abord aux catéchumènes, - les non baptisés -, dont l'accès à l'église se faisait toujours par le côté nord de la nef, emplacement réservé aux non initiés, qui abritait en général les fonts baptismaux. où se délivre le baptême. Il n'est point besoin de rappeler toute la symbolique dont se charge le côté nord d'une église.

Dans un décor géométrique de grisaille, les vitraux des bas-côtés comportent des médaillons en forme de quadrilobe à redents. Les personnages en buste qu'ils représentent sont identifiés par l'auréole qui porte l'inscription de leur nom. Y figurent :

- saint Jean l'Évangéliste écrivant l'évangile

- saint Paul barbu tenant le Livre ou rotulus et portant l'épée de son martyre

- saint Pierre porteur des clés

- saint Éloi l'évêque de Noyon tenant le marteau de forgeron (on notera ici la curieuse inscription Aloi (?) qui ne dérive pas du latin Eligius)

- le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste

- sainte Philomène

- sainte Catherine d'Alexandrie (ces deux  saintes sont sujet à caution et ont été retirée du calendrier)

- sainte Agathe

A la fenêtre axiale du chœur :

- saint Hubert présenté de face et sur toute sa hauteur

Dans la baie occidentale, un vitrail plus récent représente les travaux des champs avec le labour (don d'un paroissien).

D'autres vitreries non historiées complètent la liste.

La statuaire

La plupart des statues sont du XIXe siècle et de type saint sulpicien.

- dans la nef sur des consoles disposées au-dessus des piliers :

saint Antoine de Padoue

Vierge au Sacré Cœur

saint Joseph portant Jésus

sainte Jeanne d'Arc

saint Dominique

Vierge aux Sept Douleurs

Sacré Cœur de Jésus

sainte Thérèse de Lisieux

- au-dessus du portail nord :

saint Roch

- dans le chœur :

saint Eloi

la Vierge de l'Immaculée Conception  en bois doré et argenté début XIXe siècle (sous vitrine)

- au pied du maître-autel :

saint Walfroy

Sacré Cœur de Jésus (statue réalisée par l'abbé Kandelaars de Givry-sur-Aisne, curé de la paroisse)

un évêque (statue mutilée) peut-être: saint Hubert ? (qui figure au vitrail axial)

- autel secondaire dédié à :

Notre-Dame de Lourdes

- dans la galerie, à l'étage, les statues mutilées de :

saint Eloi

deux personnages agenouillés en prière

saint Etienne portant la pierre de sa lapidation

un évêque mitré et crossé

- dans cette même galerie un tableau endommagé représentant la Nativité et plus précisément l'Adoration des Mages

- face à la chaire : le Christ en croix

autre mobilier

- chaque scène des 14 stations du chemin de croix est peinte sous une arcade trilobée comprise dans un encadrement mouluré et doré rehaussé d'un fronton à pinacles

- la cuve des fonts baptismaux en forme de vasque octogonale repose sur une colonne à huit côtés, elle même ajustée sur un pied de base octogone. Est-il besoin de rappeler que le nombre huit symbolise la renaissance par le baptême, et donc la résurrection, ou l'accès à une vie nouvelle. Tous les antiques grands baptistères étaient construits avec huit niches avant que ne s'impose le rite du baptême par immersion après le VIe siècle; l'ensemble est en marbre jaspé.

- à noter la présence d'une ancienne piscine liturgique encastrée dans le mur sous le vitrail consacré au baptême du Christ, elle comporte une seule vasque avec un trou d'évacuation des saintes eaux, directement relié au sol, comme l'exigeait les anciennes règles de la liturgie.

- les orgues de l'église Saint-Jacques de Reims avaient été installées à Saulces en 1884, elles furent enlevées en 1914.

Parmi les curés desservant la paroisse la mémoire de quelques uns a été conservée :

- abbé Benard né et mort à Saulces 1757 - 1843

- abbé Doyen F. 1842 - 1883

- abbé Gaillard 1883 - 1890

- abbé Tortuyaux 1890 - 1918

- abbé Mathieu 1919 - 1924

...

Aujourd'hui les morsures du temps ont eu raison des tendres moellons de craie qui structurent une partie de la maçonnerie. Des fuites d'eau endommagent le côté nord du chœur. Alors que dans beaucoup de coins de France, les vieux édifices sombrent dans l'oubli et la désaffection lorsqu'ils souffrent du poids des ans, ici, à Saulces-Champenoises, la municipalité a fait le choix inverse, elle s'est engagée à conduire des travaux de restauration avec le soutien financier des collectivités territoriales dans un contexte pourtant peu favorable. Cette décision courageuse mérite d'être soulignée et saluée. La Fondation du Patrimoine accepte les mécènes : voir leur site :

https://www.fondation-patrimoine.org/fr/champagne-ardenne-8/tous-les-projets-421/detail-eglise-de-saulces-champenoise

___________________________

 

 (1) Manuel d'Archéologie Française depuis les temps mérovingiens jusqu'à la Renaissance par Camille Enlart. 1ère partie. Picard éditeur. 1919 

(2) Revue de l'Art chrétien. 1871. pages 462-463. Abbé Cochet

(3) Traité pratique de la construction de l'ameublement et de la décoration des églises selon les règles canoniques et les traditions romaines par Mgr Xavier Barbier De Montault. Tome 1 Louis Vivès éditeur 1877 p.21

(4) Église Romane. Lieu d'énergie. Pour une géobiologie du sacré. Jacques Bonvin Paul Trilloux. Les guides de la Tradition. Dervy.1990

(5) Dictionnaire d'Histoire Monastique Ardennaise. Jean Marchal. S.E.A. 1978. page 168

(6) Les Inscriptions Anciennes de l'Arrondissement de Vouziers par le Docteur Henri Vincent. 1882. pages 340/41.

(7) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k30742f/f630.image Les petits Bollandistes Vie des saints tome XII pages 624 à 630

(8) Bulletin du Comité historique des monuments écrits de l'Histoire de France Volume 2 - 1850 pages 176-177 :

https://books.google.fr/books?id=U0U-72yM248C&printsec=frontcover&dq=bulletin+comit%C3%A9+historique+des+monuments+%C3%A9crits+de+l%27histoire+de+france+1850&hl=fr&sa=X&ei=GsskVa69GtjaaoHGgogP&ved=0CCEQ6AEwAA#v=onepage&q=bulletin%20comit%C3%A9%20historique%20des%20monuments%20%C3%A9crits%20de%20l'histoire%20de%20france%201850&f=false

(9) Les Eglises Anciennes des Ardennes  Hubert Collin ODTA p.139 A noter que l'auteur mentionne par erreur que «la tour percée de six baies géminées de qualité, groupées par deux sur les façades est et ouest» dans son ouvrage : "Les églises rurales romanes du pays de Reims et des Ardennes" p.138. La coquille est aussi reproduite dans "Champagne Romane" aux éditions du Zodiaque p.90. Les baies groupées par deux ne se voient que sur la façade est.

JLC

 



21/04/2015
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