Jean-Luc Collignon

Jean-Luc Collignon

Barby: un démarcheur d'âmes s'y est arrêté

Saint Gibrien : l'infatigable marcheur

Destination Marne pour tous

" Il était venu de son pays de neige..." chantait France Gall en 2001 pour évoquer la Norvège et son climat que l'Ardennais imagine volontiers hivernal.

Gibrian (= Gibrianus, Gibrien) est venu, lui, de son Hibernie natale au Ve siècle pour cheminer sur les routes de la Gaule en pleine christianisation. L'Hibernie (du latin Hibernia) ainsi nommée par les Romains, en raison de son climat froid comparé à la douceur méditerranéenne, n'est autre que l' Irlande, le pays des Scots

Gibrian ne vient pas seul : il est accompagné de ses 6 frères et de 3 sœurs. Toute la famille n'a qu'un objectif : débarquer au pays du royaume des Francs et transmettre sa foi au peuple païen.

Parvenus sur le continent, malgré la menace de leur mère qui les avait promis à la noyade à leur naissance, tous les dix, munis de leur bâton de pèlerins, cheminent à travers la Bretagne. Plusieurs lieux conservent d'ailleurs toujours la trace de leur passage. Les sept garçons et leurs sœurs quittent la terre des sept saints bretons qui font de nos jours le succès du Tro-Breiz. Ils décident de mettre le cap vers le pays de Reims où un saint abbé a forte réputation.

Saint Remi, le personnage tant vénéré, les accueille et les déclare ses disciples. Il propose à l'aîné, Gibrian qui, seul a le titre de prêtre et que nous appellerons désormais sous son nom connu : Gibrien, de rejoindre les bords de la Marne du côté de Châlons. Ses frères et sœurs s'installent à proximité.

Les églises marnaises conservent leur souvenir : HÉLAN à Bisseuil, TRESAIN à Avenay, mais il fut aussi curé de Mareuil-sur-Marne, GERMAIN à Avize, VERAN à Matougues, les traces se perdent pour ABRAN, PÉTRAN et leurs sœurs : FRANCHE, PROMPCIE (ou PROMCE) et POSSENNE. Ils portent tous le titre de saint ou de sainte. La pierre tumulaire de sainte POSSENNE a été retrouvée au sanctuaire de Binson. Il va sans dire que de nombreuses églises de la vallée de la Marne possèdent des statues qui évoquent leur mémoire. Nous irons leur rendre visite une autre fois.

Gibrien choisit de s'installer au confluent où la Coole se jette dans la Marne. Il bâtit en cet endroit un oratoire sur un lieu appelé Cosse ( Cosla en latin ) qui pourrait correspondre au village actuel de Saint-Gibrien mais plus vraisemblablement à celui de Coolus qui abrite sa chapelle et son tombeau ; la légende colporte l'idée que le saint décéda au village qui porte aujourd'hui son nom.

Flodoard, (894 - 966) l'historien chroniqueur chanoine rémois, relate l'histoire de Gibrien, il affirme que le saint homme « vécut longues années sobrement, justement et pieusement, s'appliquant jusqu'à la fin de sa vie à combattre pour le salut » Certains auteurs le disent ermite, vivant en reclus, d'autres le voient sillonnant les contrées païennes, appuyé sur son bâton cantoral et prêchant l'Évangile.

Il visite ses frères et sœurs qui ont fait de lui leur précepteur, se rend à Reims auprès de saint Remi et fréquente souvent Wasigny, au nord de Rethel, dont il a fait l'une de ses résidences préférées.

Par sa démarche d'évangélisateur, toujours en quête d'âmes à convertir, posant ses pas dans le sillage du Christ, le saint confesseur finit par acquérir une solide réputation ; ainsi lit-on dans le tome V des Petits Bollandistes : « ce qui lui donnait encore plus d'autorité, c'était son amour extraordinaire pour l'oraison et pour le travail ; son abstinence admirable dans le manger et son infatigable activité dans l'exercice de toutes les vertus ».

Saint Gibrien quitte la vie terrestre un 8 mai, peut-être en l'an 509 et son culte commence alors un long parcours qui va durer plusieurs siècles.

 

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 Aujourd'hui la chapelle Saint-Gibrien à Coolus (photo web)

 

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 Photo web du site : gaeldanssonmonde.canalblog.com

Flodoard poursuit son récit : « ...son corps fut d'abord enseveli sur le bord de la grande route publique et qu'ensuite sur la tombe fut construit un petit oratoire, à cause de quelques miracles qui y avaient été opérés...» Trois femmes retrouvent la vue, une autre, appelée Grimoare, l'usage d'une main. Il y a foule autour de la tombe, surtout le jour de la fête de son inhumation.

 

Barby : une étape pour rien

Beaucoup plus tard, vers la seconde moitié du IXe siècle, les Normands débarquent sur le territoire et ravagent l'ouest et le nord du pays. Ces Normands, ainsi désignés car déferlant du nord, sont les Vikings venus de la Norvège, le pays de neige cher à France Gall.

La ville de Châlons est prise et brûlée, le même sort s'abat sur l'abbaye de Saint-Memmie et sur la petite chapelle de saint Gibrien.

Mais le bruit des miracles opérés sur la tombe du saint confesseur se répand loin dans la contrée et parvient aux oreilles du comte Haderic qui s'empresse d'adresser une supplique à Rodoard, l'évêque de Châlons afin de transférer au plus vite le tombeau et sa relique vers un lieu sûr.

Flodoard embellit la narration du transport par un épisode merveilleux où la main de Dieu intervient pour conduire la barque à bon port avec ses passagers, qui sont les hommes de main du comte ; ceux-ci,  « abordant à l'endroit où était le sépulcre, ouvrent le cercueil de pierre qui renfermait la sacré corps, l'enlèvent avec révérence et le remettent dans un coffre tout neuf et préparé exprès ; ensuite transportés de joie, ils reviennent au bateau, repassent promptement la rivière et transportent les reliques en les accompagnant de louanges au village de Barby...» ( Balbiacum ou Balbeium )

 

Les reliques de saint Gibrien apportées à Barby en 895 y séjournent jusqu'en 898, époque à laquelle elles sont transportées en grande pompe à Saint-Rémi de Reims.

Pour quelles raisons le village de Barby ( Balbeio dans le Polyptique de l'abbaye de saint Remi )est-il choisi pour abriter un si précieux trésor ? Dans quel endroit est-il conservé ? Autant de questions restées sans réponse. Une certitude cependant : le village de Barby vient de manquer une chance inouïe d'inscrire son nom dans la postérité.

En effet imaginons un instant qu'il ait conservé ces reliques jusqu'au Moyen-Âge, l'implantation d'une abbaye y devient possible. Sur place, tous les atouts pour prospérer ne manquent pas : de bonnes terres cultivables, le ruisseau du Bourgeron pour actionner un moulin, la Vaux,  la rivière Aisne, l'axe de la voie romaine, à proximité, pour assurer les échanges commerciaux et surtout, une source de revenus garantie par la possession des reliques de saint Gibrien. 

Mais en cette fin du IXe siècle, le monde entier ne s'est pas encore libéré, ne s'est pas encore revêtu "d'un blanc manteau d'églises" selon la formule du moine Raoul Glaber écrite vers l'an Mil. Le monde monastique balbutie, Signy, le Mont-Dieu ...n'ont point vu le jour !

Le village de Barby reste orphelin des reliques qui vont assurer la gloire d'autres lieux.

Heureusement quelques siècles plus tard le village ardennais revendique le lieu de naissance du Doctor Christianissimus, le célèbre Jean de Gerson ( né en 1363 ).

Les reliques rejoignent donc Reims, « elles sont confiées à la dévotion du gardien et déposées honorablement auprès du sépulcre du très saint père Remi ; deux ans après, le comte Haderic et sa femme Hérisinde supplièrent humblement le seigneur évêque Foulques de leur accorder un lieu pour la sépulture du saint, du côté droit de l'église, à l'entrée de la grotte, ce qu'il leur accorda ; alors ils firent bâtir un autel qu'ils couvrirent d'argent, et où les sacrées reliques furent déposées avec respect...» poursuit Flodoard, contemporain de l'évènement. 

 

Le bâton dit de saint Gibrien

Le visiteur du musée Saint-Rémi de Reims, ébloui par tant de richesses exposées à tous les étages, passe rapidement devant une vitrine de la salle des arcs boutants, pourtant elle mérite toute son attention.

Aux côtés de quelques pièces prestigieuses, comme la petite tête reliquaire en bronze doré, unique en Champagne-Ardenne et signalée par M. Ghislain dans le catalogue d'exposition de Liège ( voir article sur ce blog ), figure une drôle de canne savamment sculptée  présentée sous la mention : bâton dit de saint Gibrien

 

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Bâton dit de saint Gibrien

 

Descriptif :

Le prétendu bâton de saint Gibrien ressemble à celui des premiers pèlerins.

A l'origine, il mesurait 1, 55 m dont 0, 15 m pour la volute aujourd'hui disparue, elle était en ivoire.

Quatre morceaux qui s'emmanchent par des viroles sont sculptés de 20 compartiments avec moulures à rangs de perles entre deux filets, unis par un fleuron à quatre feuilles.

Plusieurs ouvrages du XIXe siècle décrivent en détail l'antique bâton. Nous avons retenu "l'Histoire et Description de Notre-Dame de Reims" tome II - 1861 pages 457 à 466 en suivant le chanoine Cerf dans son récit.

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Le choix des matériaux dans la confection du bâton n'est pas anodin. L'ivoire de la volute est choisi pour sa "douceur à ramener les faibles" ; le buis de la hampe est préféré pour sa dureté assimilée "à la fermeté des dogmes" ; enfin le fer du pied donne de "la sérénité contre les rebelles".

La lecture des sujets sculptés s'effectue, comme pour certains vitraux anciens, du bas vers le haut.

Les scènes narrent les épisodes de la vie du Christ. Ainsi le fragment inférieur se divise en quatre compartiments avec : l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'apparition de l'Ange aux bergers, le voyage des Mages, l'Adoration des Mages, l'apparition de l'Ange aux Rois Mages, la Présentation au Temple.

Le second fragment développe la suite en neuf épisodes, le troisième en comporte onze. Le dernier manque, il montrait huit scènes dans cinq compartiments et se terminait par la descente du Saint Esprit sur les apôtres, appelée Pentecôte.

 

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Le bâton ne porte pas de trace de polychromie. Compte tenu de la sculpture grossière des motifs, on a cru longtemps qu'il datait du VIe siècle, mais en 1852, Eugène Grésy fait paraitre une étude sur deux objets quasi identiques parfaitement datés, ils sont postérieurs au XIe siècle.

Le premier bâton de crosse appartient à l'abbé Jean de Marigny devenu évêque de Beauvais puis archevêque de Rouen en 1347, il est conservé au musée d'Evreux, le second sert à l'abbé Gautier de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise élu en 1069, la pièce est conservée au musée de Cluny à Paris.

Avec celui de Reims, un quatrième bâton est identifié ; il aurait appartenu à sainte Aldegonde de Maubeuge. Compte tenu des similitudes relevées entre les objets les archéologues pensent qu'ils pourraient provenir d'un même atelier.

Le bâton crosse de Reims daté du XIIe siècle n'a donc pu appartenir à saint Gibrien qui n'avait d'ailleurs pas le titre d'évêque pour posséder cet attribut ni celui de père abbé. Pourtant il existait bien une canne attribuée à saint Gibrien, on la portait en procession le jour de sa fête, elle était conservée dans le trésor de l'église Saint-Rémi. Elle fut sauvée par un particulier du pillage révolutionnaire et remise à Mgr de Coucy, en 1822. Le bâton-canne « était surmonté d'une poignée en forme de béquille, en cuivre ou en argent doré, revêtu de diamants, toujours enveloppé dans un fourreau » comme le précise un courrier du chanoine Cerf dans la revue de Champagne et de Brie ( Année 1895 tome 7- 20 AN - SER2 page 492/93 ).

La tradition admet que le saint confesseur a utilisé cette canne sur la fin de ses jours comme aide à la marche. Le corps du défunt a séjourné à Barby sans la fameuse béquille.

 La stratégie de l'abbé Odon

Eude ou Odon, le trentième abbé de l'abbaye Saint-Rémi de Reims fait le voyage à Rome pour se plaindre des agissements du comte de Rethel avec lequel il a un gros différent ; profitant de sa présence en lieux saints, il se recueille sur le tombeau des Apôtres dont la proximité déclenche une extase mystique ; lui apparaissent alors des moines vêtus d' habits inconnus. Pendant le voyage du retour, l'abbé essuie une tempête de neige lors de la traversée des Alpes, il est contraint de demander asile auprès du prieur de la Grande Chartreuse. Invité à l'office, Odon reconnait sur les religieux, les vêtements aperçus lors de sa vision, le prieur lui explique que ce sont ceux de la tenue habituelle des chartreux. L'abbé rémois saisit ce signe du ciel comme une invitation à créer une communauté de chartreux dans le diocèse de Reims.

La fondation sera la toute première de France puisque le Dauphiné ne lui est pas encore rattaché à l'époque. Avec la bénédiction de l'archevêque de Reims, Renaud II de Martignac, le choix du lieu d'implantation de la nouvelle communauté s'arrête sur un coin de la forêt ardennaise, propriété de l'abbaye Saint-Remi.

Le monastère est bâti en l'honneur de la Vierge Marie et de Saint Jean-Baptiste sur le mont Boson rebaptisé Mont-Dieu pour la circonstance. La première pierre est posée le 23 mai 1130. La charte de fondation, approuvée par le pape Innocent II est de 1137. Parmi les signataires figure Ursion, abbé de Saint-Denis de Reims, proche voisin d'Odon.

La première chapelle bénite par l'archevêque Samson en 1136, en même temps que la Correrie, résidence des frères lais, ne suffit bientôt plus pour contenir la communauté. La construction d'une plus grande église est devenue nécessaire.

En fin stratège, Odon décide d'exposer les reliques du Bienheureux Gibrien dans la basilique rémoise, qui accueille bientôt une foule considérable de pèlerins venus réclamer les faveurs de l'intercession du saint.

L'affluence est immense, à tel point que, certains jours, la grande basilique ne peut contenir toute la foule qui s'y presse.

Naturellement toutes les offrandes récoltées sont affectées à la construction de l'église du Mont-Dieu.

A Reims "les miracles se multiplient tant que les constructions de furent pas achevées" indique le narrateur de l'histoire de la chartreuse du Mont-Dieu dans le Bulletin du Diocèse de Reims ( Année 1872 aux pages 493 et s.; 505 et s. ; 529 et s.) auquel il est fait référence.

L'abbé Odon sait mener une action forte de " publicité " pour attirer le maximum de généreux donateurs.

Il procède d'abord à la reconnaissance officielle des reliques de saint Gibrien, puis à leur translation ; cette dernière donne lieu à une grande cérémonie organisée le 16 avril 1145. Pour la circonstance il fait confectionner une nouvelle châsse par l'orfèvre Hubert réfugié dans l'abbaye de Saint-Remi. Dans le même temps il charge son moine Baudouin de consigner par écrit tous les miracles qui se produiront devant ses yeux.

Trois livres du moine Baudouin sont parvenus jusqu'à nous.

Le premier décrit la vie de saint Gibrien et la translation de son corps à Reims puis donne le détail des miracles opérés du 16 avril au 11 mai 1145. Le second dresse la liste des miracles du 11 mai au 3 juin et le troisième est consacré aux miracles et aux guérisons enregistrés de la fin juin à fin août.

Les historiens en ont tiré d'intéressantes analyses sur l'époque.

Pour donner plus d'authenticité aux événements le moine Baudoin n'hésite pas à citer des personnages influents : « Hugues de Rouci étant aux matines de saint-Remi (  donc dans l'abbatiale ) avec la comtesse Richilde son épouse, toute la cour et un grand peuple furent témoins d'un miracle qui s'opéra devant les reliques de saint Gibrien ». Histoire Littéraire de la France tome XII -1763. page 235

Notons qu'un successeur de l'abbé Odon, Jean Chinchant procédera de la sorte en 1290 pour collecter de nouveaux fonds. Les reliques sont exposées, les miracles se multiplient et les aumônes abondent.

Saint Gibrien s'exporte en Lorraine

En 1145 toujours, Etienne de Bar, évêque de Metz, cède aux bénédictins de Saint-Remi le territoire de Maiseray. Aujourd'hui ce hameau est rattaché à la commune d'Essey et porte le nom d'Essey-et-Maizerais, proche de Toul, dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Au XIIe siècle le village est encore en terres barroises.

Odon fait construire un oratoire dans sa nouvelle dépendance et y transfère « une partie notable du corps du prêtre Gibrien » ( Mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc 1905 série 4 tome 4 pages : XXXVII à XL )

Continuons la lecture : « Ce fut l'origine d'un pèlerinage qui devint bientôt populaire dans le Barrois, que les damoiseaux de Commercy favorisèrent, et dont la vogue pénétra fort avant en Lorraine lorsque Philippe de Gueldres ( c'est une femme ! ) dévote à saint Gibrien, se fit céder le patronage de la chapelle de Maiseray et le donna à son monastère des Clarisses ( 1537 ) » de Pont-à-Mousson. C'est Robert de Lénoncourt qui est à l'origine de la donation en faveur de Philippe de Gueldres.

Jeanne d'Ures ( ou d'Urre ) de Thissières ( ou Tessières ), dame de Commercy a pour confesseur, dans les années 1614, un chartreux : dom Antoine de Menna qui lui suggère de fonder à perpétuité dans cette chapelle, une messe en reconnaissance de la guérison qu'elle avait obtenue par l'intercession de saint Gibrien. La dame donne une belle somme d'argent à prendre sur l'hôpital de Saint-Mihiel, elle exige aussi que la nomination de la chapelle appartienne au prieur bénédictin de Saint-Mihiel, ce que confirme pleinement Maillane, évêque de Toul en 1616.

Poursuivons la lecture : « A l'approche de la Révolution ils retirèrent de Maiseray les reliques de saint Gibrien et les ramenèrent à Saint-Mihiel d'où elles ont disparu à une date indéterminée. Jusque-là le pèlerinage était resté en faveur : sa vogue reprit après la Terreur. Chaque année la fête patronale amena à Maiseray un grand concours de population, mais les désordres qui s'y multipliaient forcèrent l'autorité à en décréter la suppression en 1855. »

..."Jusqu’à la Première Guerre Mondiale, une chapelle en l’honneur de Saint-Gibrien était érigée au hameau de Maizerais. Elle était un lieu de pèlerinage annuel et les pèlerins affluaient de toute la région le premier dimanche du mois de mai. De nombreuses cannes étaient pendues dans cette chapelle car on attribuait à Saint-Gibrien des guérisons miraculeuses. Lors de la Première Guerre Mondiale, le hameau de Maizerais, comptant 135 habitants, a été entièrement détruit, y compris la chapelle. Après la guerre, le hameau n’a pas été reconstruit, excepté une ferme. Les habitants de la commune ont alors édifié une nouvelle chapelle dans un blockhaus et elle a été inaugurée le 12 février 1933. Jusqu’en 1980, date du départ en retraite du prêtre, elle est redevenue un lieu de pèlerinage annuel. Cette chapelle s’est peu à peu dégradée mais les habitants sont unanimes à la voir restaurée"... extrait du site  Fondation du Patrimoine : http://www.fondation-patrimoine.org/fr/lorraine-15/tous-les-projets-722/detail-chapelle-saint-gibrien-a-essey-et-maizerais-15063 

 

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L'oratoire de Maizenais (photo web: Wikipédia)

Au XIXe siècle, une statue de saint Gibrien, provenant de la chapelle, puis conservée un moment au monastère des Clarisses de Pont-à-Mousson, se voyait dans l'église Saint-Laurent de cette même ville. Elle représentait le saint abritant sous son manteau un pauvre estropié. Nous ignorons si elle existe toujours : avis de recherche lancé aux internautes !

Une affaire de famille

Comme on vient de le voir, les liens entre les bénédictins et les chartreux du Mont-Dieu étaient très étroits. Dans les temps difficiles de guerres ou de conflits l'entraide jouait pleinement. Ainsi en 1562, les chartreux sont menacés et doivent fuir au plus vite, ils se réfugient chez les bénédictins de Mouzon. Ils y viendront à plusieurs reprises dans le cours de l'Histoire.

Il n'est donc pas surprenant de découvrir une partie des reliques de saint Gibrien chez les moines mouzonnais.

Quant aux relations qu'Odon entretient avec la Lorraine, un rapprochement peut être tenté pour les expliquer.

Etienne de Bar est nommé évêque de Metz par le pape en 1120 ; il le restera jusqu'à sa mort le 29 décembre 1163. Toute son éducation depuis l'enfance est assurée par son oncle maternel Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne. L'archevêque est élu pape en 1119 sous le titre de Calixte II, l'année suivante il assure la promotion d'Etienne, qui ne sera sacré évêque de Metz qu'en 1122. L'autorité du nouvel évêque sera fortement consolidée par l'aide de son frère Renaud, comte de Bar.

Ce Renaud 1er dit le Borgne est aussi comte de Verdun, c'est un homme de guerre et d'autorité qui finit par entrer en conflit avec l'évêque de Verdun qui sera désavoué par le concile de Chalon et déposé en 1129.

Pour remplacer l'évêque déchu, on fait appel à l'abbé Ursion de Reims, qui a fort à faire, lui aussi, avec le comte Renaud. Ce dernier, pendant l'absence de l'évêque, fait dresser en un temps record la fameuse tour de Courlouve dans Verdun pour rendre la ville imprenable. A son retour le pauvre évêque Ursion échappe de justesse au meurtre et abandonne sa charge épiscopale ; il fuit et rentre au calme dans son monastère rémois.

 

Conclusion : le village de Barby n'a rien à envier à ceux de Coolus et de Maizerais. Si le lieu de Barby a été choisi comme refuge en cette fin de IXe siècle secouée par les raids normands, c'est que l'endroit offrait des garanties sécuritaires élevées. L'abbaye rémoise, encore sous domination épiscopale à cette époque, jouissait peut-être déjà de possessions en terres barbyonnes avec un autel digne d'abriter les insignes reliques.

Plus d'une interrogation demeure pourtant. En 883, l'enceinte de l'archevêché avec son église n'est plus exposée aux dangers des vikings, puisque l'évêque Foulques vient d'y rapatrier les reliques de saint Remi évacuées en urgence à Orbais par son prédécesseur Hincmar. Alors pour quelles raisons celles de saint Gibrien n'eurent pas Reims comme première destination en 895 ?

 

L'ancienne église de Barby a été détruite en 1881. L'édifice datait du XIIe siècle, il avait été bâti sur un domaine appartenant aux bénédictins de Novy qui possédaient là une cense ( à proximité de l'actuel cimetière ). C'est l'époque ou l'abbé Odon œuvre activement pour la promotion des reliques de saint Gibrien ; pourtant l'église de Barby , lieu de leur accueil, n'en fera aucune mention dédicatoire.

Le saint irlandais possédait-il une résidence à Barby pour y faire étape lorsqu'il se rendait à Wasigny ?

Y venait-il  rencontrer son compatriote saint Berthauld installé à Chaumont ? Autant de questions qui viennent désormais nourrir l'imaginaire du blogueur.

JLC.

 

 



27/04/2014
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