Jean-Luc Collignon

Jean-Luc Collignon

NEUFLIZE : son église, fiche technique pour une visite

L'église Saint-Jean-Baptiste de Neuflize

Historique abrégé

Le nom de la commune de Neuflize signifie nouvelle église. Neveileisium - Novalisia - Neuvelize en 1323, puis Neufvelize en 1614 et Neuvelize en 1689.

L'origine de l'église semble se situer au début du XIIIe siècle. Son architecture, pour les parties les plus anciennes, est dans le style gothique naissant. C'est à la croisée du transept qu'apparaissent les vestiges de cette époque. Les chapiteaux sont décorés de motifs végétaux et deux représenteraient le Péché originel et le baptême de Jésus par Saint Jean-Baptiste.

Le chevet polygonal est construit en moellons de craie sur soubassement de pierre;

L'ensemble de l'architecture du bâtiment est désormais hétérogène.

La nef a été rebâtie en 1680 comme l'atteste l'inscription au-dessus de la grande porte.

La chapelle sud dédiée à Saint Jean-Baptiste date de 1850 (voir la plaque commémorative à l'intérieur de l'église).

A l'extérieur sur le mur de cette chapelle une autre inscription indique : « Fait par Masson Basile et Lefranc Onésime 1850 »

Un témoignage plus ancien est visible à l'extérieur. Il s'agit d'un cadran solaire qui porte la devise : «Transit Nec Reversura» que l'on peut traduire par : elle passe ne revenant jamais. JB Lamort Sculpcit 1781

 

Mobilier

Le maître-autel est dédié à saint Jean-Baptiste

Le vitrail axial représente le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste sous l'approbation de Dieu le Père et celle du Saint-Esprit matérialisé par la colombe.

Le vitrail est daté de 1905 et a été offert par la paroisse de Neuflize. C'est l'atelier rémois Vermonet qui l'a réalisé. L'atelier avait commencé à fonctionner en 1880 au 47 bis de la rue Chastivel à Reims.

Le vitrail de gauche (pour le spectateur) représente :

- en bas, l'Adoration des Mages. C'est une des scènes les plus représentées dans l'art du vitrail.

Melchior apparait sous l'image du vieillard européen reconnaissable à sa barbe blanche

Gaspard est un homme d'âge mûr de type asiatique peu marqué (il n'a jamais les yeux bridés)

Balthazar est un jeune homme mauresque.

Melchior est traditionnellement montré à genoux devant l'Enfant Jésus ou seulement un genou à terre, à l'image de l'hommage féodal que rendait jadis le vassal à son suzerain.

Ils apportent, tous trois, des présents.

L'or, apporté par Melchior est symbole de pureté et de puissance. Il souligne la destinée royale future de Jésus.

L'encens, porté par Gaspard, qui était utilisé pour le culte rendu aux divinités, symbolise la divinité du Christ

La myrrhe, gomme de résine à odeur balsamique, qui servait à l'embaumement des morts, annonce la Passion du Christ.

Derrière les trois mages se distingue une tête de chameau. L'animal du désert n'apparait dans l'iconographie qu'au Ve siècle. Il indique que les mages viennent de loin.

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- en haut, Jésus au milieu des Docteurs de la Loi. L'épisode est relaté dans l'Évangile de Luc ( 2; 41 - 52 ). Rentrant de Jérusalem pour célébrer la Pâque, Joseph et Marie cherchent Jésus pendant trois jours. Ils le trouvent au Temple au milieu des Docteurs à les écouter et les interroger.

Jésus est alors âgé de 12 ans.

Le vitrail porte la date de 1931.

 

Le vitrail de droite représente :

- en bas, la mort de Jésus. Au pied du lit mortuaire où repose le Christ la couronne d'épines a été déposée. Marie est à genoux dans son chagrin, de l'autre côté du lit, se tient, debout, Jean le disciple bien aimé. Cette scène assez rarissime, est une allusion à l'Évangile de saint Jean (19 ; 26 - 27) dans lequel il relate les sept derniers mots du Christ mourant sur la croix :

« Il dit à sa mère : - Voici ton fils, mère

Puis il dit au disciple : - Voici ta mère

Et dès ce moment le disciple la prit chez lui »

- en haut, la Résurrection de Jésus. Il vient de soulever le couvercle de son tombeau et entame son ascension devant les soldats endormis qui gardaient la sépulture.

Le vitrail est daté de 1931

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Le devant d'autel ( ou antependium ) illustre la Cène ( du latin Cena signifiant repas du soir, dîner, souper ).

Il s'agit du dernier repas que le Christ prend avec ses disciples avant son arrestation et son supplice.

C'est à cette occasion qu'il annonce la trahison de Judas

C'est là qu'il bénit le pain et le vin représentant son corps et son sang et qu'il prononce les paroles répétées au moment de l'Eucharistie :

épître de Paul, 1ère lettre aux Corinthiens ( 11; 23 - 27 ) : « Dans la nuit où il fut livré, il prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : Ceci est mon corps qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi ... etc »

Jésus occupe la place centrale. Il porte seul l'auréole. Les apôtres sont tous attablés du même côté. ( ce n'est pas toujours le cas dans l'iconographie ) Jean, le disciple est à sa droite. Il est endormi ou pour le moins pensif. (il apparait quelquefois penché vers Jésus ou même la tête reposant sur son épaule)

A côté de Jean, Pierre, barbu, interroge.

A ses côtés, Judas tient la bourse de trésorier de la main droite et saisit le pain de la gauche avant tout le monde ( Voir Évangile de Matthieu ). Le coutelas désigne Barthélémy.

 

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Le gradin d'autel montre quatre scènes sculptées dans des quadrilobes.

- le cerf s'abreuvant à la source

- les deux tourterelles s'abreuvent au vase sacré placé entre elles. Ainsi nourries du sang du Christ, elles ne craignent pas le diable

Ces deux scènes évoquent le baptême

- le calice, l'hostie, la grappe de raisin, l'épi de blé

- le pélican nourrissant ses petits de son sang

évoquent, elles, l'Eucharistie.

Au pied du maître-autel une plaque au sol indique le don effectué par Adèle Lemarteleur.

Un dais élégant néo-gothique coiffe le tabernacle.

 

Le vitrail au-dessus de l'entrée est consacré à la Remise des clés à saint Pierre par Jésus.

La scène est décrite dans l'Évangile de Matthieu ( 16 ; 18 )

« TU ES PETRUS ET SUPER HANC PETRAM - ÆDIFICABO ECCLESIAM MEAM - ET TIBI DABO CLAVES REGNI CŒLORUM »

« TU ES PIERRE ET SUR CETTE PIERRE - JE BÂTIRAI MON ÉGLISE - ET LES PORTES DE L'ENFER NE PRÉVAUDRONT POINT CONTRE ELLE... je te donnerai les clés du Royaume des cieux : ce que tu interdiras sur terre sera interdit dans les cieux ; ce que tu permettras sur terre sera permis dans les cieux. »

Le Christ est debout au milieu des onze apôtres. Judas n'est pas présent. A genoux face à Jésus se tient Simon-Pierre. Saint Paul est à la droite du Christ. Jean, visage juvénile, se tient derrière.

En fond la basilique Saint-Pierre de Rome.

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Autel latéral nord dédié à la Vierge

La statue de la Vierge à l'Enfant domine l'autel. Les lettres AVE MARIA GRATIA PLENA : je te salue Marie pleine de grâce, figurent en-dessous.

Aux murs les statues de saint Remy et de saint Walfroy ( il brandit le crucifix et porte le livre des évangiles )

Un tableau peint représentant le Déluge et l'arche de Noé ( Genèse 7 ; 17 )

Vitrail de l'Annonciation.

L'ange Gabriel annonce à Marie que, quoique vierge, elle donnera naissance à un fils qu'elle appellera Jésus. L'ange, debout, tient en main une fleur de lys, symbole de pureté ; il délivre son message à Marie, agenouillée, qui marque son acceptation par une posture d'humilité. La colombe figure la descente de l'Esprit-Saint sur Marie.

Vitrail daté de 1936.

Vitrail de la Visitation

Episode relaté dans l'Évangile de Luc ( 1 ; 39 - 45 )

Marie se rend en hâte dans une ville de Juda. Elle entre chez Zacharie et salue sa cousine Elisabeth. Dès qu'Elisabeth entend la salutation, son enfant tressaillit dans son sein et elle fut remplie de l'Esprit-Saint. En élevant la voix elle s'écrie: « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni » Elisabeth est enceinte de Jean-Baptiste alors qu'elle ne pouvait avoir d'enfant. Elle est ici agenouillée devant Marie qui apparait avec un visage jeune. Derrière elles, celui de Zacharie, âgé car il porte la barbe blanche. Il tient une page pour écrire puisqu'il était devenu muet et ne pouvait s'exprimer qu'ainsi.

Le vitrail porte la date de 1935.  ( Don de Melle Pauline Ménart )

La fête de la Visitation se célèbre en France le 31 mai. Elle a été établie en 1263 par saint Bonaventure pour les franciscains.

Autel de la chapelle sud dédié à saint Jean-Baptiste

La statue de saint Jean-Baptiste domine l'autel. Il est appelé le Précurseur car il est le premier à annoncer le Christ.

L'autel est encadré de colonnes à chapiteaux corinthiens. Au-dessus, dans une gloire rayonnante, le triangle de la Trinité au centre duquel figure l'œil de Dieu "qui voit tout"

La porte du tabernacle s'orne d'un pélican.

Le tableau représente le Baptême du Christ par saint Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain. Jésus a alors 30 ans.

Les quatre évangélistes racontent le récit du baptême. Celui qui s'exprime le plus longuement sur le sujet est Matthieu ( 3 ; 13 - 17 ).

Le Baptême ( du grec : baptizô  signifie "plonger dans l'eau" mais aussi "laver" ses péchés ) est le rite d'entrée dans la communauté chrétienne.

Ici, Jean-Baptiste est montré pratiquant le baptême par infusion ou aspersion ( par opposition au baptême par immersion ). Il était jadis réservé aux malades et aux enfants, il s'est répandu en Occident, puis s'est généralisé. Jean-Baptiste verse de l'eau sur la tête de Jésus qu'il incline en signe d'humilité. Jésus joint les mains sur sa poitrine exprimant ainsi une attente. ( comme le fait la Vierge de l'Annonciation ). Il porte un pagne sur les reins.

Jean-Baptiste a conservé l'antique peau de chameau à poil repliée sur une épaule. ( clin d'œil à l'iconographie byzantine ). Il verse l'eau à l'aide d'un récipient en forme d'ampoule (clin d'œil à saint Remi ). Il tient fermement le bâton crucifère du Précurseur.

L'Esprit-Saint descend du ciel, figuré par la colombe. L'oiseau fait du sur place, ce qui exprime la permanence de l'Esprit-Saint sur la personne qui le reçoit. Si la colombe était représentée en piqué, elle traduirait l'irruption de l'Esprit-Saint.

Les deux anges, messagers de Dieu, sont aussi ses auxiliaires. Ce sont des marqueurs de divinité dans l'accomplissement du rite, leur présence montre que Dieu est en train d'intervenir et que l'instant est particulièrement saint. ( théophanie ).

L'ange tend le vêtement au Christ. Il est descendu du ciel pour faire office de diacre. En effet, dans les cérémonies le diacre assistait l'évêque en tenant le chrémeau, ce linge qu'on posait sur la tête du nouveau baptisé, ou plus simplement maintenant, la robe blanche que le baptisé revêt.

 

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Le vitrail représente lui aussi saint Jean-Baptiste.

Il porte le bâton crucifère avec une banderole : « Voici l'Agneau de Dieu » ECCE AGNUS DEI. Il s'adresse à des bergers dont l'un s'appuie sur le manche de sa houlette.. Saint Jean-Baptiste apparait ici dans son rôle de prédicateur et de précurseur;

Cette scène ne doit pas être confondue avec celle du "Bon Pasteur", dans laquelle, Jésus en personne apparait vêtu de l'exomis - courte tunique - et portant une brebis sur ses épaules.

Le vitrail porte la date de 1936 et la signature de l'atelier Bordereau d'Angers. Maurice succède à son père Charles à la tête de l'atelier, mais au lendemain de la séparation de l'Église et de l'État, il abandonne la profession de maître-verrier pour se lancer dans les Assurances ( 1905 ). Il reprend toutefois son activité en 1934 et son atelier connait un succès international de 1934 à 1946.

La maison des verriers angevins existe toujours.

 

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Au-dessous du vitrail trône une statue du Sacré-Cœur de Jésus. Comme on le sait la promotion de cette dévotion a été assurée par Jean Eudes ( 1601 - 1680 ) à la suite des visions de la religieuse de Paray-le-Monial : Marguerite-Marie Alacoque.

L'iconographie du Sacré-Cœur de Jésus s'est curieusement figée sur deux modèles de représentation :

- l'un montrant le Christ barbu, aux longs cheveux séparés par une raie médiane, vêtu d'une ample tunique colorée, avec un cœur enflammé appliqué sur la poitrine.

- l'autre dévoile le torse du Christ barré d'une incision d'où jaillissent des rayons lumineux;

Le modèle de Neuflize appartient au premier.

A noter que cette dévotion a failli supplanter celle du Bon Pasteur.

Autre mobilier

- Un Christ en croix d'un réalisme poignant (noter sur le titulus  l'acronyme : INRI pour Iesus Nazerenus Rex Iudæorum,  (Jésus le Nazaréen Roi des Juifs )

- la chaire à prêcher de style néo-gothique

- le chemin de croix de 1886 ( don d' Adèle Lemarteleur )

 

Nota: le village de Neuflize est jumelé depuis 1971 avec Neibsheim, annexe de Bretten, en Allemagne. Cette localité allemande possède une église dédiée à saint Maurice.

JLC



15/08/2014
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