Jean-Luc Collignon

Jean-Luc Collignon

Bergnicourt :Mariage de la Vierge

La rencontre de Marie et Joseph

Les quatre évangélistes ne sont pas très bavards au sujet du mariage de Joseph et Marie;

Le seul à l'évoquer brièvement est saint Luc dans le premier chapitre de son Evangile ( Lc, I ; 26-27 ) :

«... dans une ville de Galilée, nommée Nazareth, était une vierge qu'un homme appelé Joseph, de la maison de David, avait épousé ; et le nom de la vierge était Marie. »

Autre traduction possible, celle de la Bible de Maredsous : « Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; le nom de la vierge était Marie... »

Les termes : mariage, fiançailles, épousailles, accordailles, qualifient indistinctement la rencontre de Marie et de Joseph. Ils sont repris par les peintres pour désigner le titre de la scène du mariage.

C'est une fois de plus dans les évangiles apocryphes qu'il faut aller chercher le récit qui relate la rencontre des deux époux. Les apocryphes n'ont pas pour vocation de rapporter une vérité historique, ils sont nourris d'éléments poétiques et pittoresques, dont les artistes se sont inspirés.

Le mariage est relaté  aux chapitres VIII, IX, et X du Protévangile de Jacques le Mineur, aux chapitres VII et VIII de l'Evangile de la Nativité de Marie et au chapitre VIII de l'Histoire de la Nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur ( Evangile du Pseudo-Matthieu ). C'est ce dernier que nous suivrons.

 

Dans l'épisode précédent, celui de la Présentation au Temple, Marie vient de quitter ses parents pour vouer sa virginité au Seigneur-Dieu dans un état de réclusion totale à vivre dans l'enceinte du Temple.

Chapitre VIII : « Or, il advint qu'elle atteignit sa quatorzième année, ce qui faisait dire aux Pharisiens que le moment était venu d'obéir à la coutume qui interdit à une femme faite de demeurer dans le Temple de Dieu.

Alors, on fit annoncer à travers toutes les tribus d'Israël que tous eussent à se réunir le troisième jour dans le Temple du Seigneur. Et lorsque tout le peuple fut assemblé, le pontife Abiathar se leva monta sur les degrés supérieurs, pour être vu et entendu de tous. Un grand silence s'étant fait il dit : « Écoutez-moi, fils d'Israël, ouvrez vos oreilles à ma voix. Depuis que ce Temple a été bâti par Salomon, il y a des vierges, filles de rois, de prophètes, de prêtres et de grands-prêtres, et il en fut de grandes et d'admirables. Cependant quand elles ont atteint l'âge légal, toutes ont pris un époux, selon la coutume de leurs devancières, et ainsi elles ont plu à Dieu. Une seule, cependant, Marie, a découvert une nouvelle manière de plaire à Dieu : de lui promettre de demeurer vierge. D'où il m'apparait que nous devons interroger Dieu et, si possible, connaître par sa réponse à qui nous devons la confier en garde. »

Le discours agréa à toute la synagogue. Et les prêtres tirèrent au sort parmi les douze tribus d'Israël, et le sort tomba sur la tribu de Juda. Le prêtre dit alors : « Que demain quiconque est sans épouse vienne en portant une baguette à la main. »

Il advint donc que Joseph arriva avec les jeunes gens et portant une baguette.

Quand ils eurent tous remis leurs baguettes au grand-prêtre, il offrit un sacrifice à Dieu et interrogea le Seigneur. Et le Seigneur lui dit : « Dépose toutes ces baguettes dans le Saint des Saints ; qu'elles y restent. Et ordonne-leur à tous de revenir demain près de toi pour reprendre leurs baguettes. De la pointe d'une baguette sortira une colombe qui s'envolera aux cieux : celui dans la main de qui la baguette rendue aura donné ce signe, celui-là se verra remettre Marie en garde. »

Or, il advint que le lendemain, de bonne heure, tous s'assemblèrent, et le pontife, ayant offert l'encens, entra au Saint des Saints, et présenta à la foule les baguettes.

Les ayant toutes distribuées et ne voyant sortir de colombe d'aucune, le prêtre Abiathar revêtit la chape liturgique au douze clochettes et, pénétrant dans le Saint des Saints, alluma le feu sacrificiel. Et tandis qu'il se plongeait dans l'oraison, un ange lui apparut et lui dit : « Il y a ici une baguette toute petite, que tu as tenue pour rien, lorsque tu l'as déposée avec les autres. Quand tu l'auras présentée et donnée, c'est sur elle qu'apparaitra le signe que je t'ai dit. »

Or cette baguette était celle de Joseph qui avait été tenu pour écarté et qui, d'ailleurs, lui-même, étant vieux, de peur d'être obligé à recevoir Marie, n'avait pas voulu réclamer sa baguette. Comme il se tenait, humble, au dernier rang, le grand-prêtre Abiathar l'appela, à haute voix, disant : « Viens recevoir ta baguette, car tu es attendu ! » Et Joseph s'avança, rouge d'émotion, parce que le grand-prêtre l'avait appelé à voix haute. Mais au moment où il étendait la main pour prendre la baguette, tout à coup de la pointe s'échappa une colombe plus blanche que la neige, et ravissante. Après avoir volé longtemps sous les voûtes du Temple, elle s'élança aux cieux.

 

L'iconographie présente la scène du mariage le plus souvent à l'extérieur du Temple car chez les Hébreux le mariage n'était qu'un contrat passé entre l'homme et la femme, il ne donnait lieu à aucune cérémonie religieuse.

Comme on le voit dans le récit, Marie est tenue de quitter le Temple car elle est la dernière jeune fille descendante de David, or les écrits de l'Ancien Testament précisent que le Messie descend de David, il faut que la prophétie se réalise selon les Ecritures. Joseph descend lui aussi de la lignée de David.

Joseph et Marie étaient cousins proches par le sang ( désignés frère et sœur dans l'Evangile selon l'acception de l'époque )

L'arbre de Jessé figure la généalogie davidienne ( Jessé était le père du roi David ) ; Marie portant l'Enfant Jésus y apparait dans une fleur sommitale. La place prépondérante de la Vierge dans ce motif indique qu'il s'agit de son propre arbre généalogique.

L'épisode du mariage a été réfuté par le Concile de Trente. Les artistes ont pourtant continué à le reproduire dans leurs œuvres, parfois en supprimant quelques éléments, comme le bâton fleuri de Joseph. La scène s'identifie ensuite à la cérémonie religieuse du mariage pratiquée par l'Eglise.

 

 

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Antependium d'autel dans l'église Saint-Pierre-aux-Liens de Bergnicourt ( 08 )

 

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La sculpture, qui date de la réfection de la nef, à la fin du XIXe siècle, a conservé le bâton fleuri comme attribut de Joseph

 

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Tapisserie moderne exposée dans l'église Saint-Remi de Blombay ( 08 )

 

 

 

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Eglise Saint-Luc d'Houldizy ( photo : M. C. )

 

 

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Eglise Notre-Dame de Sainte-Marie

J L C.



30/03/2014
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