Jean-Luc Collignon

Jean-Luc Collignon

Juniville : son église, fiche technique pour la visiter

Juniville et son église Saint-Amand

 

Bref... d'histoire

 

Le comte Maxime de Sars a publié l'Histoire de Juniville en 1937 (document consultable à la Bibliothèque de Reims Carnegie sous référence CHM 643). Il consacre un chapitre à l'église du village dont de larges extraits sont reproduits ci-après.

 

Juniville tirerait son origine du nom de Johannis Villa, le domaine de Jean.

Il existait jadis deux paroisses à Juniville. L'une sur la rive droite de la Retourne appelée la "Grande" possédant une église placée sous le patronage de saint Amand, le premier apôtre de la Belgique, l'autre, sur la rive gauche, appelée la “Petite Paroisse” dont l'église était placée sous la protection de saint Hilaire, le célèbre évêque de Poitiers.

 

L'église Saint-Amand existait déjà en 1145, puisque citée alors comme étant une possession des abbés Saint-Rémy de Reims.

L'église Saint-Hilaire appartenait à l'archidiocèse de Reims en 1227, mais on ignore sa date d'édification. Elle fut supprimée par une décision de l'archevêque Mgr Charles Maurice Le Tellier en date du 23 juin 1681. La Petite Paroisse fusionne à cette date avec la Grande.

L'église Saint-Hilaire est démolie « à raz le sol » en dépit des récriminations des villageois. Une croix en bois est placée en souvenir à l'endroit où se situait le chœur. Celle-ci, endommagée, est refaite en 1779. Lors de la construction du chemin de fer, la ligne passe sur l'emplacement de la croix qui est déplacée en 1901. Puis une entreprise occupe le site.

L'église Saint-Amand

Du primitif édifice (XIIe siècle) il ne subsiste aujourd'hui que quelques piliers du transept, tout ayant été remanié par la suite.

L'église est reconstruite en 1675. Une inscription est gravée à l'époque sur la queue du coq du clocher.

Elle est seulement redécouverte en 1861 lors de le restauration de la nef et de la réfection de la toiture.

Le maire, Alfred Doury fait ajouter deux plaques de plomb portant une inscription en latin. Y sont ajoutées une pièce de un franc et cinq de dix centimes, toutes datées de 1863.

Traduction des inscriptions réalisées par Letondeur:

Première plaque : « Toi qui vis, écoute le récit d'un coq trois fois centenaire. En 1640, je me tenais sur l'antique tour de l'église Saint Hilaire. Le bourg de Juniville avait 3000 habitants. En 1681, l'église Saint Hilaire fut détruite et les ossements furent transportés dans le cimetière de Saint Amand. En 1675, j'ai été replacé sur la tour de l'église Saint Amand rebâtie »

 

Deuxième plaque : « Alfred Doury, avocat et maire de Juniville a comblé les remparts, élargi les rues, les a ornées d'arbres, leur a donné des noms, les a redressées, a réparé les ponts, a transféré le cimetière de Saint Amand hors bourg malgré l'opposition d'un grand nombre d'habitants, et l'a orné d'arbres en 1861. En 1863, la couverture de mon clocher a été refaite, on m'a conservé à cause de mon antiquité, j'ai été doré aux frais du maire et j'ai été replacé de nouveau sur mes hauteurs »

 

Sur la queue du coq : « Le 15 août, moi, coq, j'ai été replacé sur les hauteurs du clocher de mon église avec ma vieille queue et l'histoire de Juniville inscrite dans mon nouveau corps refait et doré aux frais d'Alfred Doury, Maire de Juniville. Le fondeur a composé ces inscriptions »

 

Le texte initial, composé en 1675, à la suite des destructions de la guerre de Trente Ans (1618 - 1648) indiquait : « La présente église de Juniville est rétablie par la diligence de Maître Jean Tiercelet, avocat au Parlement, demeurant à Rethel, adjudicateur d'icelle, travail de couverture, Henri Le Noble, couvreur demeurent à Rethel. »

La Première Guerre mondiale endommage fortement l'église par ses raids d'avions et ses bombardements de 1918.

Les Allemands font déposer chez Mr Gabreau un " tableau de valeur ”, une Descente de croix, qui était placé au-dessus de l'autel saint Fiacre. Tout le reste du mobilier est détruit et brulé : chemin de croix (donné par une paroissienne en 1893),  26 stalles, les bancs... Les vases sacrés et les ornements sont emportés. Les trois cloches partent pour l'Allemagne. Le Christ en croix, le saint Jean et la Vierge provenant de la poutre de gloire sont retrouvés à Charleville. L'église avait été minée par les Allemands pour être rasée, mais elle fut sauvée deux heures avant l'explosion.

 

Heureusement la Seconde Guerre mondiale fut moins dévastatrice, car l'église servit d'hôpital pour les Allemands.

 Extérieur

La croisée du transept supporte une tour massive. Celle-ci a reçu une couverture d'ardoises. Ses quatre faces sont pourvues d'abats son et d'un cadran d'horloge abrité sous un chien-assis.

Le portail occidental reconstruit dans le style néo-gothique au XIXe siècle possède, insérée dans un oculus, une belle rosace à huit lobes. Le tympan décline un arc en fer de lance, il est percé en son centre d'une ouverture trilobée à redents, sa base s'orne d'un motif en dents de scie.

La porte est encadrée d'une paire de colonnes aux chapiteaux à crochets. Deux contreforts cantonnent l'ensemble.

Le portail méridional pourvu d'une architecture plus modeste est ouvert dans son tympan par une baie en arc cintré qui abrite le vitrail de la Madeleine. Il porte la date des travaux : 1861

Le portail nord est encadré par une seule colonne de chaque côté, il est surmonté d'un arc cintré. Le tympan comporte un motif trilobé aveugle.

L'abside pentagonale est bâtie en moellons de craie sur un soubassement en briques cuites. Un rang de modillons court sur toutes les faces sous la toiture.

Intérieur

Le maitre-autel est dédié à saint Amand. Sa table de bois est surmontée d'un tabernacle ouvragé à colonnes torses

 

 

 

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Saint Amand, évêque missionnaire de Flandres, est né dans l'actuel département des Deux Sèvres vers 584 (aujourd'hui commune de Saint Amand-sur-Sèvre près de Mortagne) ; il est mort vers 679.

Envoyé par Dagobert pour évangéliser les Flandres, il reçoit de celui-ci un domaine sur lequel il fonde, en 639, un monastère à Elnone, sur les bords de la Scarpe, entre Valenciennes et Tournai. Saint Amand est nommé évêque de Maastricht (de 646 à 649) par Sigebert, mais abandonne sa charge épiscopale. Il sera un grand ambassadeur des rois mérovingiens qui l'enverront parcourir toute l'Europe. Il se retire dans son monastère d'Elnone pour finir ses jours et y sera inhumé. Le lieu de l'abbaye porte aujourd'hui le nom de Saint-Amand-les-Eaux (Nord).

 

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Saint Amand

 

Le bâton a du être une crosse d'évêque ou d'abbé puisque le saint fut les deux à la fois, mais plus vraisemblablement celle de l'évêque, il en porte les vêtements et la mitre.

 

Les autels latéraux sont dédiés, l'un à saint Fiacre et saint Hubert, l'autre à la Vierge.

 

Une dévotion à Marie

Le culte marial est ici très présent.

 

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 Le gradin d'autel est surmonté d'une statue de La Vierge à L'Enfant du XIXe siècle.

De part et d'autre, sur des consoles et sous dais, sont disposées les statues de saint Joseph, à gauche et de sainte Anne, à droite. La mère de la Vierge déplie le rouleau de la Loi pour instruire sa fille. Le mur du fond est peint, il comporte les initiales entrecroisées de Marie A, M pour Ave Maria.

Dans la nef, adossé à un pilier, un groupe représente la sainte Famille (Joseph, Marie et l'enfant Jésus)

 

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La sainte Famille de Juniville

 

Ce groupe peut être rapproché, pour comparaison, de celui de La Neuville-les-This :

 

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La sainte Famille de La Neuville-les-This

 

L'entrée du chœur était jadis ornée d'une poutre de gloire. Le Christ en croix au centre, saint Jean et la Vierge de part et d'autre dominaient l'arc tendu entre les deux piliers. Les statues ont été épargnées de la destruction de la Première Guerre mondiale, elles sont désormais replacées depuis 1953 au-dessus du retable de la chapelle nord.

 

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La Vierge (à gauche sur la photo) est vêtue d'un voile manteau qui couvre les bras, elle a les mains jointes. L'abbé Jean Sery, dans son ouvrage sur la statuaire mariale des Ardennes, avance une datation fin XIVe siècle. La statue est en pierre (80 cm environ) ; l'ensemble a été repeint à la fin du XIXe siècle.

 

En-dessous, encadré par deux colonnes d'inspiration de l'art grec antique, d'ordre ionique, un tableau de retable représente sainte Cécile.

 

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La sainte est entourée de ses instruments de musique ; un ange tient le livre des psaumes, tandis qu'un autre joue avec deux flûtes, un troisième déroule un phylactère qui reproduit le psaume 150 :

Laudate dominum in tympano et choro ; laudate eum in chordis et organo

Louez le Seigneur avec le tambour et la flûte ; louez le avec le luth et avec l'orgue

A l'avant, sur le tabernacle, la statue de Notre-Dame de Lisieux.

 

Un vitrail évoque la scène du Couronnement de la Vierge

 

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Située immédiatement après l’Assomption, la scène du Couronnement inaugure la vie éternelle de la Vierge. Ce thème tire son origine de la Légende Dorée, il a été repris au XIXe siècle avec le renouveau du culte marial.

La Vierge, au centre de la composition, s’élève vers le Ciel au-dessus d’un nuage qui marque la limite temporelle avec sa vie terrestre ; des anges l’emportent vers la Trinité qui s’apprête à la recevoir pour la couronner. Dieu le Père, barbu manifeste ainsi sa sagesse mais également sa toute-puissance car il tient dans la main le globe terrestre, symbole de l’Univers dont il est le créateur. Le Christ est à sa droite et au milieu d’eux, la colombe identifie le Saint Esprit. L’oiseau, les ailes  déployées en forme de croix, se situe au centre d’une Gloire rayonnante, dont les rayons stylisés épousent, eux aussi, la forme de la croix.

Ce beau vitrail a été offert par les enfants Gabreau en souvenir de leurs parents.

Martin Gabreau, curé à Juniville est inhumé au pied du vitrail

Autre mobilier

La statuaire est encore riche des personnages suivants :

- saint Fiacre dont un autel secondaire lui est dédié

- saint Hilaire, le patron de l'ancienne église de la Petite paroisse

- saint Eloi tenant la crosse en anneau (statue dorée)

- saint Antoine de Padoue

- sainte Barbe avec son attribut : la tour à ses côtés

- sainte Catherine avec la roue dentée de son supplice

- sainte Bernadette

- sainte Jeanne d'Arc

- le Sacré-Cœur de Jésus

- Jésus de Prague

- Crucifix sur les fonts baptismaux et dans la nef

Nota : plusieurs de ces statues ont été restaurées en 1929 par l'atelier du maitre-verrier Haussaire demeurant  135, 137 Rue Saint-Thierry à Reims.

 

Les vitraux :

- l'archange saint Michel apparaissant à Jeanne d'Arc

- buste de Marie-Madeleine portant le vase aux parfums

 

Les tableaux

- Descente de Croix : toile en mauvais état. Œuvre peut-être de Louis Sambre décrite dans un courrier daté de 1936

 

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Nota : le célèbre tableau représentant la Cène peint en 1739 par Jacques Wilbault  a disparu

La chaire à prêcher : sur les panneaux de la cuve sont représentés les quatre évangélistes ; leur attribut respectif figure sur un médaillon appliqué sur la poitrine. Belle rampe d'escalier en fer forgé

Les fonts baptismaux sont en pierre ; cuve octogonale moderne.

Pierre tombale (lame d'ardoise) conservée dans la sacristie en mémoire d'un ancien curé Jean François décédé, à l'âge de 81 ans, le 14 novembre 1776.

Les confréries :

il n'en n'existait pas dans l'enquête diocésaine de 1689.

En 1774 deux sont signalées en l'honneur de : - la Sainte Vierge

- saint Fiacre

La fête de saint Fiacre célébrée le 30 août connaissait un certain succès.

JLC

 

 

 

 

 



07/08/2014
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