Jean-Luc Collignon

Jean-Luc Collignon

Circuit des églises 2015

2015 - Le décor des chapiteaux

 

            Ouvrir les églises les dimanches après-midi de l’été pour vous inviter à venir y découvrir le décor des chapiteaux est le pari qu’ont pris, en 2015, les Offices de Tourisme du Pays rethélois, de l’Argonne Ardennaise, des Crêtes Préardennaises et du Nord-Ouest ardennais.

 

                Le chapiteau, élément omniprésent dans les églises, couronne le fût d’une colonne, d’un pilastre ou d’un pilier. Il se décline en une variété infinie de formes ; en traversant tous les âges, il a été adapté à tous les styles d’architecture.

                Il est souvent le premier des décors, qui attire le regard du visiteur en entrant dans l’édifice. Le chapiteau orne l’embrasure des portails, porteur d’un message d’accueil. Ou, haut perché à la sommité des clochers, il scande la belle ordonnance des baies simples ou géminées, que de fines colonnettes encadrent. A l’intérieur, dans la nef, le chapiteau reçoit toutes les attentions du sculpteur qui y laisse l’empreinte de son talent, mais c’est dans le chœur et le sanctuaire que l’artiste mérite des titres de noblesse en parant le décor du chapiteau d’entrelacs géométriques, de feuilles végétales, ou de motifs historiés… pour ces derniers, s’il est expert!

                Le chapiteau, élément d’architecture dont le nom dérive du latin caput (tête) se compose de plusieurs parties.

                Sur son sommet repose le tailloir, petit plateau carré ou polygonal, jouant le rôle d’amortisseur de charges pour la colonne support qui reçoit la retombée des ogives ou celle d’une simple arcature.

Les faces verticales au pourtour du tailloir sont généralement plates et lisses mais s’ornent parfois d’un relief mouluré (par exemple en cavet). Le terme de tailloir s’utilise dans l’architecture médiévale ; celui d’abaque est plus approprié pour décrire les chapiteaux des trois ordres de la Grèce antique (dorique, ionique, corinthien). Le plus ancien d’entre eux, le chapiteau dorique porte un tore évasé, l’échine, qui est relié au fût par un empilement de petits annelets (listels) que surmonte un abaque épais, directement en contact avec l’architrave du dessus.

                Sous le tailloir, la partie centrale du chapiteau forme la corbeille. C’est elle qui porte un décor varié, objet de toutes les attentions. Son origine est à rechercher dans le chapiteau corinthien qui se présente à l’image d’une coupe remplie de feuilles d’acanthe. La légende en attribue l’invention à Callimachos, grec du Ve siècle avant J-C, qui aurait été séduit par la vue d’une acanthe sauvage, dont les feuilles, d’inégale hauteur, auraient poussé autour d’une corbeille abandonnée sur la tombe d’une jeune fille de Corinthe. Cette légende a été rapportée par l’architecte romain Vitruve au 1er siècle avant J-C.

                Créant une limite entre la corbeille et l’extrémité supérieure de la colonne (ou du support) qu’il enserre, un astragale termine la base du chapiteau ; il apparait souvent sous la forme d’une moulure saillante évoquant une bague torique. Il est rare que le décor de la corbeille déborde sur l’astragale.

 

                Les piliers des nefs romanes de section carrée, rectangulaire ou cylindrique font corps avec la muraille qu’ils soutiennent, ils sont dépourvus de chapiteau, seule une imposte moulurée souligne leur discontinuité avec le mur. L’époque romane participe pourtant à une évolution spectaculaire du décor des corbeilles de chapiteaux. Les chapiteaux cubiques d’origine ottonienne sont abandonnés au profit des chapiteaux en tronc de pyramide inversée richement sculptés. Les décors géométriques  côtoient les motifs végétaux et dans les édifices prestigieux, ils s’accompagnent de scènes narratives empruntées à l’histoire de la Bible ou à celle des saints.

Parmi les motifs géométriques récurrents figurent les dents de scie, les tores en zigzag, les denticules, mais aussi les séries de losanges, de billettes, d’entrelacs, de pointes de diamant, de frises en arceaux, en écailles imbriquées etc…

Dans la palette des motifs végétaux se succèdent la palmette, l’acanthe souvent stylisée, la feuille d’eau, et d’autres spécimens de la flore locale qui ont toujours inspiré les tailleurs de pierre médiévaux.

Les scènes historiées sont beaucoup plus rarement présentes dans les églises rurales ardennaises.

                L’époque gothique privilégie les piliers en faisceaux de colonnettes dont les chapiteaux s’ornent de couronnes florales ou de feuilles végétales ciselées. Le gothique primitif use du crochet et de la crosse. Le monde animalier y est aussi représenté avec des détails plus affinés ; les figures géométriques s’adoucissent de rondeurs.

                L’architecture de la  période gothique flamboyante ignore souvent le chapiteau ; la retombée des voûtes pénètre directement dans la colonne ; une couronne sculptée de motifs végétaux vient parfois rompre, par  son décor, la nudité du support. Dans ce cas la fonction de ce pseudo chapiteau est purement ornementale.

                La Renaissance renoue avec la tradition antique et le retour à la colonne simple surmontée de chapiteaux classiques des trois ordres.

                L’époque baroque charge les chapiteaux de dorure, d’exubérance, avec des corbeilles de style composite à volutes et à feuilles d’acanthe. Né de la Contre-Réforme, l’art se veut refléter la joie de vivre. Le chapiteau est taillé dans le marbre ou sculpté dans le bois qui est peint de couleurs vives et d’or ; il est souvent stuqué pour mieux susciter l’illusion.

Nos autels baroques ardennais multiplient à l’envi les exemples de ce type.

                Le rationalisme de la période dite des Lumières met fin au baroque jugé arrogant et empreint de démesure (style rococo). Le classicisme n’imite pas mais tente plutôt un renouvellement de l’esprit d’Antiquité avec recherche d’équilibre, de raison et de sobriété qui transparait dans le décor des chapiteaux.

                Les nombreuses églises reconstruites au XIXe siècle, selon des règles souvent imposées, déclinent les styles "néo" (néo-roman, néo-gothique, néo-byzantin…). Les chapiteaux très diversifiés forcent l’admiration par leurs formes et leurs coloris.

                A l’issue des deux grandes Guerres du XXe siècle, les architectes ont eu pour mission de reconstruire à l’identique les édifices détruits. Les restaurations sont tellement réussies qu’il est parfois difficile d’y lire les stigmates  de la furie dévastatrice. D’autres sites ont bénéficié de l’apport d’un art nouveau dont le modernisme a souvent occulté le rôle du chapiteau dans la composition architecturale.

 

                Les églises ouvertes cet été offrent plusieurs exemples de chapiteaux évoqués succinctement ci-dessus ; ils sont l’expression d’une jaillissante manifestation de vie que vous aurez plaisir à observer selon le calendrier suivant :

 

- dimanche 12 juillet : Pauvres / Dricourt / Leffincourt

- dimanche 19 juillet : Tagnon / Rethel / Seuil / Novy-Chevrières

- dimanche 26 juillet :  Tourteron / La Sabotterie/ Suzanne

 

- dimanche 2 août : Alland'huy-Sausseuil / Sorcy-Bauthémont / Le Chesnois-Auboncourt / Vaux-Montreuil

- dimanche 9 août : Bonnefontaine / Blanchefosse / Bay / La Férée / Le Fréty

- samedi 15 août : Vouziers

- dimanche 16 août : Falaise / Savigny-sur-Aisne / Sugny

- dimanche 23 août : Guincourt / Jonval / Marquigny

- dimanche 30 août : Estrebay / Anthony / Auge / Tarzy / Brognon

JLC



17/03/2015
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